L'Indépendant – Edition du 21 avril 2004
Eoliennes
: déception après le refus du projet du Couloubret
Corbières Méditerranée dénonce la primeur donnée par l’Etat à des intérêts privés sur des intérêts publics, liés aux retombées économiques considérables pour l’ensemble d’un territoire.
Les pales tourneront-elles un jour sur le Couloubret?
Sommes-nous à un tournant décisif du projet fleuve (7 ans de réflexion pour le porteur du projet SIIF Energies du Midi) ou au contraire, à un coup de frein brutal? L’arrêt du préfet augure-t-il d’une évolution dans la politique éolienne départementale telle qu’elle se dessinait jusqu’alors?
Petit retour en arrière : Le feuilleton du Couloubret, projet d’implantation de SIIF Energies du midi, porte sur 10 aérogénérateurs de 1,75 mégawatt chacun.
Le projet s’appuie sur la Communauté de communes de Corbières Méditerranée. L’enquête publique met en avant des arguments défavorables à cette implantation. En revanche, ce projet soutenu par la population s’inscrit dans la charte éolienne du Parc Naturel Régional et reçoit l’assentiment de la CCI et des écologistes d’ECCLA. Le maire de Narbonne avait devant les élus de Corbières Méditerranée souligné qu’il n’était pas opposé au projet s’il ne dénaturait pas le site, et si les pâles n’étaient pas visibles depuis Fontfroide. Puis, Michel Moynier a fait état de son opposition. Rejoignant ainsi le propriétaire de l’abbaye de Fontfroide, Nicolas d’Andoque qui, lui, a initié depuis plusieurs années une demande d’extension du classement du massif: "Le projet éolien m’a toujours gêné. Je crains, en cas d’incendie, que les éoliennes empêchent l’intervention des moyens aériens de défense". Quant à la visibilité: "J’ai demandé des études supplémentaires depuis les points les plus hauts du massif, elles n’ont pas été faites" ajoute le propriétaire de l’abbaye. Mardi, le préfet met son veto au projet, motivé par le souci de protection du massif.
Réactions : Patricia Chabaud, maire de Portel et vice-présidente de la Communauté de Communes souhaite que ses arguments soient analysés par une juridiction: "Le rapport du commissaire enquêteur est farci d’inepties. Il fait état d’études archéologiques dues à la découverte de silex néolithiques dans la grotte d’Arago. Or cette grotte est à Tautavel… Ensuite il évoque "la co-visibilité prouvée" avec Notre Dame des Oubiels, or il suffit de se rendre sur place pour prouver que c’est impossible. Autre argument avancé: la vue classée depuis "la cabane des bossus" ce qui a fait rigoler tous les chasseurs du coin, car il n’y a aucune vue "classée". Patricia Chabaud dénonce les pressions politiques exercées qui ont eu raison de ce projet économiquement indispensable.
"C’est extrêmement grave: Louise d’Harcourt, liée à la famille de Gilles de Robien, possède une bergerie sur la commune, près du site du Couloubret et remue ciel et terre depuis le début. Mme d’Harcourt a créé une association de protection du massif de Fontfroide en février2004, et distribué un tract dénonçant la dénaturation du site dans une réunion sur le pôle régional éolien. Il faut savoir qu’un constat d’huissier a été fait par hélicoptère prouvant qu’il n’y a aucune visibilité depuis la croix de Fontfroide, point culminant. Et la procédure d’extension du périmètre du site classé du massif de Fontfroide n’est pas engagée." SIIF Energie du Midi ne comprend pas le "double langage des services de l’Etat, qui d’un côté valident la charte éolienne du PNR, tout en encourageant la réflexion sur l’éolien et de l’autre sanctionnent le projet" et envisage de former un recours contre la décision préfectorale.
V. D.